Comme le veut la tradition, à la fin de l’année, les différentes banques se livrent à un bref bilan de l’année écoulée sur les marchés financiers et expriment leurs attentes pour l’année à venir. Voici les tendances de cette année.
Bilan de 2023
2023 a été abordée avec des attentes plutôt élevées. Elle devait être l’année de la reprise après le chaos de 2022. Nous n’oublierons pas cette année de sitôt. 2022 fut une année particulière au niveau des investissements, avec un record négatif pour les obligations dans le monde entier. Les banques centrales ont été contraintes de relever leurs taux directeurs à plusieurs reprises en raison de l’inflation galopante. Conséquence ? Une solide augmentation des taux du marché des capitaux. On devine aisément le résultat sur les marchés obligataires. Ceux-ci ont clôturé l’année 2022 sur une perte de plus de 20 %. Nous n’avions jamais assisté à une telle chute à l’échelle mondiale.
Les marchés boursiers ont eux aussi souffert de cette violence. Ainsi, le MSCI World Index (USD) a chuté de presque 18 %. 2022 a été la pire année boursière depuis 2008. Le secteur technologique s’est démarqué par ses résultats négatifs. En effet, au cours des dernières années, ceux-ci avaient profité des faibles taux d’intérêt. Ces faibles taux d’intérêt signifient que les bénéfices futurs sont également élevés dans le présent. En raison de la hausse des taux, on constate une forte baisse des bénéfices actualisés. Cela conduit généralement à des réductions de valeur et nous l’avons constaté en 2022. Les récents chouchous des marchés boursiers ont été vendus en masse. Ainsi, Meta (Facebook) et Tesla ont chuté de plus de 65 %, Netflix et Amazon ont perdu environ 50 % et Apple et Microsoft ont perdu entre 25 % et 30 % de leur valeur boursière. Une situation qui est bien entendu loin de satisfaire les investisseurs. Mais l’année est terminée et, comme nous l’avons dit, les attentes étaient élevées. Ces attentes ont également été réalisées en 2023. Les marchés boursiers, en particulier, ont connu une forte reprise. Ainsi, le MSCI World Index (USD) a augmenté de presque 25 % et a ainsi rattrapé la perte de 2022.
Les obligations se sont également rétablies. Toutefois, cette augmentation est restée insuffisante pour certains acteurs du marché. Après les pertes historiques, une hausse d’environ 7 % pour un panier d’obligations d’État de la zone euro est encore un peu décevante. Pour un investisseur européen qui avait investi dans des obligations d’État américaines, il ne restait plus que 1,5 % de rendement. La chute du dollar par rapport à l’euro est la principale responsable.
Le bilan est mitigé en ce qui concerne les matières premières : les prix du gaz ont baissé, les prix du pétrole sont restés pratiquement inchangés et l’or a atteint un niveau record. Enfin, notons également la hausse massive de 160 % du bitcoin. En résumé, les attentes que nous avions en début d’année ont été largement satisfaites.
La reprise se poursuivra-t-elle en 2024 ou connaîtra-t-elle un recul ?
Bien que l’économie montre des signes évidents de ralentissement, on s’attend généralement à un atterrissage en douceur.
Économie
De l’avis de beaucoup, il n’y a pas de signes de détérioration brutale. Le marché du travail reste suffisamment fort et le taux de chômage est pratiquement nul. Ceci, combiné à une nouvelle baisse de l’inflation, garantira au moins le maintien du pouvoir d’achat. Pourtant, nous constatons des ralentissements de la croissance tant en Amérique qu’en Europe. Une légère récession est attendue. Cette légère récession, combinée à une baisse de l’inflation, entraînera des baisses de taux d’intérêt au second semestre 2024, tant en Amérique qu’en Europe.
Obligations
Cette année débute de manière prometteuse. En effet, les taux d’intérêt sont plus élevés qu’au cours des dernières années. Le rendement moyen est de 3,5 % pour un « panier » d’obligations d’État en euros. C’est nettement plus que les 0 % observés par le passé. Dans tous les cas, un investisseur réalise maintenant un rendement annualisé d’au moins 3,5 % s’il conserve ce panier jusqu’à l’échéance. On parle aussi de « yield to maturity » ou taux actuariel. En parallèle, on s’attend aussi à ce que les banques centrales d’Amérique et d’Europe commencent à réduire leurs taux directeurs. Cette possibilité est consécutive au ralentissement de la croissance économique et à la baisse de l’inflation. Cette situation peut aussi entraîner une diminution des taux à long terme. En plus du rendement de 3,5 %, il en résultera un rendement de marché. Imaginons que la duration du portefeuille soit de 6 ans. Si le marché des capitaux baisse de 0,5 %, le gain de cours s’élèvera en moyenne à 3 % (duration X baisse des taux d’intérêt). Par conséquent, le rendement total devrait s’élever à 6,5 %. Si la durée moyenne du portefeuille est encore plus longue (imaginons une duration de 10 ans), le rendement total sera même de 8,5 %.
Pour les obligations d’entreprise, le rendement initial se situe à un niveau encore légèrement supérieur : soit environ 4,5 %. Toutefois, en raison de la baisse de la croissance économique, les entreprises commenceront à en pâtir. En effet, le risque de faillite augmente légèrement. Cela se traduit par une faible prime de risque. Au total, cette prime de risque se traduit par une baisse des cours. Toutefois, les obligations d’entreprise, comme les obligations d’État, bénéficieront de la baisse des taux du marché des capitaux. En moyenne, on peut s’attendre à un rendement total d’environ 6 %. En résumé, un portefeuille composé d’obligations d’État européennes et d’obligations d’entreprises devrait rapporter un peu plus de 6 %.
Actions
Les prévisions sont globalement optimistes au niveau des actions aussi. Les bénéfices des entreprises augmenteront aussi légèrement en 2024 et 2025. Ces bénéfices combinés à la baisse des taux devraient permettre aux investisseurs de débourser plus pour des actions. Une tendance que nous avons aussi observée l’an dernier. Dans l’ensemble, les bénéfices des entreprises ont à peine augmenté l’année dernière par rapport à 2022, mais les investisseurs étaient prêts à payer davantage pour les actions (en particulier les actions technologiques américaines). Nous pouvons miser sur un rendement des actions mondiales de l’ordre de 7 % grâce à la légère croissance des bénéfices enregistrées cette année, combinée à des valorisations en légère hausse. Ajoutez à cela un dividende moyen d’environ 2 % et, en tant qu’investisseur, vous devriez obtenir un rendement de 9 % environ.
Opportunités
Dans un contexte de baisse des taux d’intérêt et de valorisations favorables, les valeurs technologiques offrent encore des opportunités. Ce secteur connaît depuis toujours une croissance des bénéfices supérieure à la moyenne. De nombreux analystes estiment que cette croissance se renforcera encore en raison des développements au niveau de l’IA. Outre ce secteur, d’autres secteurs à forte intensité de capital peuvent être intéressants. La baisse des taux d’intérêt profitera aux entreprises dont le niveau d’endettement est relativement élevé. Songez par exemple aux entreprises d’utilité publique et de biens immobiliers.
Risques
Il est toujours possible que le scénario ne se réalise pas. Par exemple en cas de ralentissement très marqué de l’économie et de maintien d’une inflation élevée. Les banques centrales n’ont alors aucune marge de manœuvre pour réduire les taux d’intérêt. Dans ce cadre, la demande de consommation peut diminuer, ce qui entraîne une baisse des bénéfices des entreprises et une hausse du chômage. Il ne sera alors pas question de récession modérée. Ce scénario serait une mauvaise nouvelle pour les actions et les obligations. Si tel était le cas, il ne serait pas inconcevable que le secteur technologique affiche de très mauvaises performances.
En outre, on peut également imaginer que les troubles (géo)politiques continuent de s’étendre. Par ailleurs, des élections auront lieu dans plus de 40 % des pays du monde. Les plus importantes se dérouleront bien entendu aux États-Unis où le rapport de force au sein du Congrès sera peut-être même encore plus essentiel.
Pour terminer…
L’inconvénient réside dans le fait qu’il est difficile pour les investisseurs d’anticiper les risques potentiels. Il est important d’avoir au moins une boussole afin d’aligner ses investissements en fonction de celle-ci. Dans tous les cas, assurez-vous d’être flexible pour faire face à des changements soudains.
Sources & Annexes
- Source: Up-to-date